Colored Only

Chin Up !

Cheveux relaxés, frisés, rasés, tissés, nattés, twist, Bantou knots, dreadlocks…

Je photographie ces modes, en étant attentive à leurs influences et à leurs évolutions. Ce travail se compose de plus de 160 portraits en studio, réalisés en grande partie en France, à Paris et Lille mais également à Amsterdam au Pays-Bas. Ce projet ne prend nullement position sur le débat cheveux naturels ou lissés, il tente plutôt de révéler la diversité capillaire inspirée des savoir-faire ancestraux perdus depuis la colonisation de l’Afrique. En plus de ces pertes de notre patrimoine, la colonisation a aussi sapé l’estime personnelle des noirs sur plusieurs générations.

Je déplace mon studio au gré d’invitations, de concerts ou d’événements.

La pancarte « Colored Only » est explicite et exclut les personnes blanches du dispositif. Je souhaite que ce procédé symbolique provoque le débat de l’égalité pour tous. C’est un studio-happening qui respastialise l’espace public, politique et symbolique et ses color lines, ses lignes de rupture. Maitriser notre image est un ressort pour nous imposer ; dans ce studio, les modèles sont poussés à la performance, à la pose altière presque royale. Ces portraits fixent un désir de notabilité et d’historicité.

La seule consigne que je donne en studio : « Chin Up ! »

S’intéresser au cheveu noir peut paraître anecdotique, mais permet d’évoquer l’histoire, la mémoire, les questions identitaires mais aussi politiques car la coiffure est la traduction formelle de l’identité. Les cheveux sont ici un outil pour débattre des questions liées aux origines, aux influences et de questionner notre propre image. Après 400 ans d’aliénation capillaire, il est temps de muer, de renaître pour retrouver notre « Afrotopos ».

Colored Only découle d’une volonté de donner forme à une image thérapeutique. Chin Up peut se traduire par relever le menton ou tenir tête.

« Repenser et réinvestir notre société » dit l’écrivain Nigérian Wole Soyinka, mais aussi « se décomplexer » nous dit Felwine Sarr dans Afrotopïa.